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Les villes moyennes, entre imaginaire et complexité

Note rédigée pour La Fabrique de la Cité



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Introduction - Villes moyennes : des idéologies territoriales à la complexité



Pour le journaliste Olivier Razemon, auteur de l’ouvrage Comment la France a tué ses villes[1], la ville moyenne serait aujourd’hui en crise : elle souffrirait en effet d’un défaut de considération et de soutien de la part de la puissance publique à tous les échelons, depuis la décision locale jusqu’aux mesures gouvernementales. Selon le géographe Christophe Guilluy, la ville moyenne serait tombée dans cette France périphérique des territoires oubliés[2], creuset de crises sociales et de frustrations politiques dont serait issu le mouvement des gilets jaunes[3]. Mais de quelle(s) ville(s) moyenne(s) et de quel(s) type(s) d’espace(s) parle-t-on exactement ?


L’expression de ville « moyenne » renvoie à une notion floue et instable ; les mots dont elle est composée soulèvent deux questions : qu’est-ce qu’une ville ? Et que signifie être « moyen » pour un territoire ? L’indétermination de l’objet et des termes qui le désignent engendre l’émergence de discours dans lesquels l’imaginaire se mêle parfois au politique et à la réalité des fonctionnements territoriaux. L’idée selon laquelle la ville moyenne serait en crise semble alimentée par quatre imaginaires urbains ou « idéologies territoriales ».


Tout d’abord, une tendance antimondialiste critique voit en la ville moyenne la grande perdante des dynamiques de métropolisation, qui l’auraient placée dans l’angle mort de la croissance et du développement, à l’écart des retombées positives de la mondialisation et n’en subissant que les externalités négatives. Ce premier imaginaire victimaire ne rend pas justice à la très grande diversité des cas de figure.


Un imaginaire miroir, version pro-métropolisation de la posture précédente, voit en la ville moyenne une ville médiocre, une ratée de la hiérarchie urbaine, n’ayant ni l’attractivité des aménités du rural et des petits bourgs prospères, ni la productivité et la compétitivité des espaces urbains solidement arrimés à la mondialisation. Ce deuxième imaginaire, dépréciateur et méprisant, est tout aussi réducteur que le premier.


Un troisième discours, aux tonalités nostalgiques celui-là, réduit la ville moyenne aux seuls centres-villes, qui seraient concurrencés et dévitalisés par leurs périphéries et par les nouvelles polarités périurbaines qui accompagnent le desserrement de la ville vers sa région urbaine. Cet imaginaire est également réducteur, en ce qu’il ignore le fait que la périphérie fait aussi partie de la ville moyenne, que la concurrence fonctionnelle entre centres et périphéries ne s’opère pas systématiquement au détriment des centres et que l’objet « ville » a, en tout état de cause, cédé sa place à des réalités socio-spatiales moins statiques. En ce sens, cette posture essentialise un centre-ville muséifié et occulte la complexité de ce qui fonde les villes moyennes contemporaines.


Enfin, un dernier imaginaire, d’inspiration pastorale, hygiéniste et anti-urbaine, fait de la ville moyenne le creuset d’une qualité de vie oubliée, appelée à renaître à la faveur des crises métropolitaines, telles que celle du coronavirus, puis à disparaître à nouveau lors des phases d’accélération de la métropolisation. Or les trajectoires résidentielles sont complexes et évoluent surtout en fonction de l’avancée en âge et des besoins des individus et des ménages. En outre, la qualité de vie n’est pas l’apanage des seules villes moyennes, la situation étant, là encore, contrastée.


Ainsi, à la question « la ville moyenne est-elle en crise ? » s’opposent d’autres interrogations, plus essentielles : qu’est-ce qu’une ville moyenne ? Qu’est-ce qu’une crise ? Et à quels niveaux se situerait la crise lorsque l’on considère les villes moyennes – le pluriel s’imposant, tant les cas de figure diffèrent. Ainsi, plus qu’une crise territoriale et fonctionnelle de la ville moyenne, n’a-t-on pas plutôt affaire à une crise conceptuelle de l’idée de ce qu’est une ville moyenne et, au-delà, de ce que sont devenus les territoires urbains contemporains ?

[1] Olivier Razemon, 2016, Comment la France a tué ses villes, Paris, Rue Echiquier, 208 p. [2] Voir Christophe Guilluy, 2015, La France périphérique. Comment on a sacrifié les classes populaires, Paris, Champs Actuel, 192 p. [3] Voir le point de vue d’experts « Justice spatiale, ménager pour aménager ? » publié par La Fabrique de la Cité en mai 2019 : https://www.lafabriquedelacite.com/publications/justice-spatiale-menager-pour-amenager/


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