Rechercher

Chapitre: Espace-temps de la ville : la crise matricielle de l'aménagement urbain ?

Ref: Languillon R., 2021, Espace-temps de la ville : la crise matricielle de l'aménagement urbain dans les démocraties occidentales, in Chenu José-Michaël (eds.), Construire plus vite la ville durable. Nouveau modèle et partenariats, Paris, Editions Eyrolles, pp. 55-79. URL : https://www.lab-recherche-environnement.org/fr/communique-de-presse/construire-plus-vite-la-ville-durable-nouveau-modele-et-partenariats/



Introduction au chapitre :


Urbanisme algorithmique, transition écologique, approche en cycle de vie du bâti, instantanéité du digital, patrimonialisation, procédures participatives… Les sociétés démocratiques connaissent une démultiplication inédite des temporalités de la fabrique et de la gouvernance de la ville, qui conduit à faire émerger un sentiment diffus de crise de l’aménagement. Si cette « crise » mêle des considérations techniques, politiques, philosophiques, technologiques, sociales ou encore écologiques, elle est surtout fondamentalement matricielle : le temps autrefois linéaire, homogène et isochrone de la fabrique urbaine est devenu complexe, hétérogène et asynchrone. Ainsi, par exemple, à la quasi-instantanéité de la smart city et ses outils digitaux s'opposent le temps moyen de l'action politique et le temps long du bâti – voire le temps historique de la conservation patrimoniale. Au sein d'une même ville, l'espace-temps de l'urbanisme, de l'aménagement et de la construction s'est ainsi fragmenté en une multiplicité de déclinaisons et de combinaisons complexes parfois incompatibles. La multiplication de formes ingénieriales, procédurales et légales de l'action publique comme de la fabrique urbaine a produit des référentiels temporels extrêmement élaborés, depuis le temps du digital et des systèmes d'information à celui du cycle de vie des politiques publiques ou des projets et jusqu'au temps des matériaux et des ressources – la liste est loin d'être exhaustive. Le sentiment actuel de crise de la fabrique de la ville est donc le fruit de l'érosion de l'homogénéité du temps, appelant un réexamen majeur de la façon dont on pense le temps dans la fabrique démocratique de la ville occidentale – c'est-à-dire dont on détermine, élabore et applique les cadres légaux de sa matrice temporelle.

Malgré des outils toujours plus performants et des procédures toujours plus fines, les acteurs de la fabrique de la ville ont vu leur capacité à piloter des temporalités de plus en plus diverses et complexes se détériorer rapidement au cours des deux dernières décennies. En ont résulté une perte de linéarité de la conduite des projets, une incapacité à articuler des conceptions plurielles, une montée généralisée des conflits, une remise en question des légitimités (dont celle du politique et de la figure de l'expert), une dénonciation croissante de la nécessité à construire, une déréalisation mortifère du débat public et une déresponsabilisation – ou un désengagement – de la décision politique. Face aux tentations autoritaires venues de régimes aux réalisations spectaculaires, comment répondre à cette crise du temps de la fabrique et de la gouvernance des villes européennes dans le cadre de régimes démocratiques renouvelés ?


Mots-clé : aménagement, vitesse, régime politique, démocratie, espace-temps, urbanisme, fabrique de la ville.



Commander l'ouvrage : https://www.eyrolles.com/BTP/Livre/construire-plus-vite-la-ville-durable-9782416002571/

8 vues0 commentaire